Tarte aux fraises

Improvisation théâtrale VS Improvisation appliquée

1024 691 Décalez!

Oui, c’est vrai, ce titre résonne comme un duel de catch en plein milieu de l’Arkansas. Sans vouloir vous décevoir, ce n’est pas exactement de cela dont il s’agit. Nous opposons ces 2 termes pour des raisons pédagogiques (et la « péda », c’est notre métier !), afin de vous faire comprendre le cœur de la pratique de formation Décalez !.

Dans le précédent article (premier du nom), nous tâchions de déconstruire l’image d’Epinal de l’improvisation théâtrale pour mieux la définir.
Aujourd’hui, nous allons rentrer dans le détail et vous faire comprendre comment l’impro, grâce à la méthode Décalez !, peut devenir un outil de travail collectif en entreprise. Car si Décalez ! se saisit de l’essence de cette pratique de l’improvisation théâtrale, c’est pour mieux la décortiquer et en retirer les techniques qui s’appliqueront à votre organisation.

Tarte aux fraises VS Masque à la fraise

Si on voit un panier de fraises, on peut se dire, au premier regard, qu’on pourrait en faire une tarte. Ou bien les manger simplement avec du sucre et de la chantilly. Ou encore, les couper pour les tremper dans du chocolat fondu…
Ce à quoi on ne pense pas directement, quand on voit une fraise, c’est qu’on pourrait en extraire certains principes actifs pour en faire un masque hydratant pour le visage. Si si, je vous assure : ça fonctionne très bien. On y pense juste beaucoup moins.

Eh bien pour nous, l’improvisation est une fraise. Tout le monde la connaît dans un domaine d’utilisation restreint, celui du théâtre (dans la métaphore, le dessert à la fraise ). Mais lorsque l’on prend certains éléments qui composent la fraise pour les utiliser dans un objectif différent que celui de l’alimentation, la fraise trouve intérêt nouveau, autre que gustatif.
De la même façon, l’improvisation peut sortir de son contexte artistique pour répondre à d’autres besoins.
Vous nous suivez toujours?

Improvisation théâtrale et improvisation appliquée : 2 sœurs ennemies

Comme cet article semble prompt aux métaphores, nous allons continuer.
L’impro théâtrale et l’impro appliquée sont comme 2 sœurs. Elles sont issues d’une même famille, mais poursuivent des objectifs différents avec des lieux de vie associés.

  • Production VS moyen : tandis que l’impro théâtrale existe à travers une production (en général, un spectacle), l’impro appliquée est avant tout un moyen. Elle vise à améliorer le savoir-être des personnes concernées dans un lieu identifié. On peut dire qu’elle est un outil, petite sœur de sa grande sœur artiste, pouvant mener à différents objectifs.

 

  • Scène VS la vie professionnelle : l’impro, en tant que discipline artistique, existe par son lieu d’exercice : la scène. Un espace extrêmement codifié, avec ses repères spaciaux, ses règles tacites, les rôles clairs qu’elle implique (on est soit comédiens, soit public). L’impro appliquée a, comme son nom l’indique, un domaine d’application (la vie professionnelle) et un lieu dédié (la structure physique du lieu de travail). Mais ce dernier est beaucoup plus vaste qu’une scène, sans pour autant être dénué de règles informelles et de codes en tout genre.
    L’impro appliquée a donc un champ d’application très étendu, ce qui requiert de créer des cadres très identifiés pour la pratiquer. Nous les nommons objectifs pédagogiques.

 

  • Spectacle VS Objectifs pédagogiques : l’objectif de l’impro théâtrale, comme soulevé plus tôt, est donc une représentation devant un public. Comme toute discipline artistique, le jugement de sa finalité est soumis à la subjectivité du spectateur. Nous n’avons pas ici la place pour un débat philosophique (Oh non Michel Onfray et Raphaël Enthoven pleurent ! ) mais il ne semble pas exister de critères objectifs pour évaluer un spectacle. Ou, en tout cas, s’ils existent, ils varient selon les personnes, les milieux artistiques.
    L’improvisation appliquée, quant à elle, vise à atteindre des objectifs pédagogiques fixés au préalable dans le cadre d’une formation et selon le référentiel des professionnels en charge de l’action. A la fin de cette formation, on peut dire si oui ou non, les objectifs ont été atteints selon les critères pré-établis. Alors oui, il est difficile de faire du quantitatif sur du savoir-être, mais en tout cas, il est possible d’évaluer si oui ou non le contrat pédagogique a été rempli. Par exemple, sur une formation « améliorer sa prise de parole en public », le participant peut évaluer l’évolution de ses compétences d’orateur à la fin de la session.

Des qualités aux compétences

Les objectifs pédagogiques sont fixés par les formateurs et l’organisation commanditaire. Pour les atteindre via l’improvisation appliquée, il faut partir des qualités artistiques requises pour être un bon comédien-improvisateur. Dans le cadre professionnel, on parlera alors de compétences. Voici un échantillon des qualités inhérentes à l’improvisation théâtrale et leur recontextualisation en contexte professionnel :

  • l’écoute : sur scène, l’écoute périphérique est la condition sine qua non du beau jeu. Sans écoute, pas de possibilité de saisir les multiples informations données par ses partenaires pour faire histoire ensemble de manière cohérente. Dans la vie professionnelle, l’écoute est considérée comme une des « soft skill » (compétence douce) les plus importantes. Parce qu’à l’heure de la transversalité/interdépendance/agilité (ces nouveaux mots ultra fashion qui caractérisent le nouveau paradigme du monde du travail), si tu n’as aucune capacité d’écoute, tu es solo/perdu/à côté de la plaque.

 

  • le leadership : en improvisation théâtrale, si personne ne prend de décision, l’histoire ne peut exister. Ou alors c’est une histoire sans relief, avec peu d’intérêt. Il est donc nécessaire qu’un comédien prenne la responsabilité de poser un enjeu, et d’embarquer le reste de l’équipe avec lui. Ce n’est pas pour autant qu’il sera le protagoniste principal tout au long de l’histoire, ou qu’il aura ce rôle de leader sur toutes les impros. Le principe étant que chacun puisse prendre le lead s’il le souhaite tout au long du spectacle. Ce leadership participatif est une donnée importante d’un fonctionnement managerial en intelligence collective dans une organisation. Il permet de fédérer une équipe autour d’un but commun, dans un temps limité.

 

  • l’acceptation : la fameuse règle du « oui et » est un pilier de l’improvisation théâtrale. Elle suppose que quoi qu’il arrive, la première idée déployée est bonne, donc validée par tous (le « oui »). Elle est ensuite agrémentée collectivement par les comédiens (le « et »). Cette stratégie coopérative permet de ne pas perdre d’énergie avec des objections menant à de la négociation, ce qui n’est pas narrativement très sexy. L’improvisation appliquée impulse également cette dynamique. Dans une organisation, l’exemple le plus prégnant est la sacro-sainte réunion, où le débat d’ego semble être la règle implicite. Le modèle de l’acceptation est la base d’un fonctionnement coopératif, dans laquelle la prise de décision s’effectue au service d’un objectif commun.

Vous l’aurez compris, qu’elle soit théâtrale ou appliquée, l’improvisation se base sur des mécanismes de communication efficients, qui nécessite un fonctionnement en intelligence collective. Tout un programme… à suivre dans un prochain article ou lors d’une de nos formations !
N’hésitez pas à consulter le catalogue de nos formations Décalez ! sur notre site et à nous contacter par mail pour nous poser vos questions !

Laisser une réponse

Votre adresse courriel ne sera pas poubliée